J’espère que ça vous donnera envie d’en faire un un jour car c’est incontestablement LE triathlon par excellence, l’épreuve originelle…
Cette année nous étions donc 5 cestadais à avoir choisi d’aller à Lanzarote. Cet Ironman est le plus dur au monde (avec le label Ironman, ce qui n’est pas le cas d’Embrun par exemple) du fait d’un parcours très accidenté (2500 de dénivelé positif) et venteux, et de la chaleur.
Nous sommes arrivé à Puerto Del Carmen (ville où est donné le départ) une semaine avant l’épreuve et, déjà, ça vibrait « Ironman » sur place : on croise en permanence des gars qui roulent ou qui courent et ça se passe à chaque fois avec un petit signe pour dire bonjour. 2 choses sont frappantes d’entrée : le vent et la sécheresse du pays. Pour l’instant il ne fait pas très chaud (le soleil est voilé et le vent fait baisser la température).
Dimanche 15 mai : 1ère « vraie » journée sur place et nous allons faire un tour de vélo histoire de s’acclimater et reconnaître un bout du parcours. Le vent est vraiment très impressionnant… j’avais dit sur le site du TCA que c’était comparable à la voie romaine par grand vent, en fait ce n’est pas du tout ça : ce serait trop facile !!! en fait la seule fois où j’ai ressenti un vent comme ça sur Bordeaux (notamment un vent latéral à 2 doigts de vous mettre par terre !!), c’est en passant le pont de Langoiran quand le vent est fort. Charly et Lucien ne disent trop rien (vous les connaissez…) mais avec Régis ont commence à s’inquièter : ça va être une course de fou si ça souffle comme ça !!
Lors de cette reco, on passe à un des endroits les plus phénoménal de ce parcours : Timanfaya et sa longue ligne droite en montée vent de face au milieu d’un champ de lave hallucinant. Rien que pour ça, il faut faire cette course. Je crois que nulle part au monde on ne peut trouver un paysage comparable. On se croirait sur une autre planète.
Le midi on mange en terrasse en bord de mer et, après coup, on découvre une autre caractéristique du coin : la force du soleil. Forcément, étant plus près de l’équateur, il cogne fort et ça va donc être dur d’éviter les coups de soleil…
Mardi 17 mai : nous passons au club « La Santa », le centre névralgique de l’Ironman. C’est de l’autre côté de l’île, au nord, et là bas c’est simple : il n’y a rien à part ce centre d’entraînement entièrement dédié au sport avec piscine de 50 m, piste d’athlé, salle de muscu, etc… le « hall of fame » est impressionnant : tous les cadors du monde du sport sont passé par là pour se préparer : Lindford Christie, Colin Jackson… et bien sûr Cyrille Neveu, notre champion du monde de tri. On va faire un tour dans la salle où seront distribué les dossards et c’est déjà impressionnant (organisation Ironman oblige) alors que le staff est juste là pour donner des infos…
Mercredi 18 mai : ça y est, nous pouvons retirer nos dossards !!! on va enfin commencer à rentrer dans la course. C’est toujours un moment sympa sur Ironman mais là la fête est gâchée. Régis et sa femme Evelyne vont nous quitter pour des raisons familiales. Néanmoins ils sont là au moment du retrait afin d’essayer de se faire rembourser l’inscription (300 euros quand même). Il faut d’ailleurs noter que l’organisateur (Kenneth) a été particulièrement sympa car, en théorie, il est impossible de se désister après le 1er mai.
On est tous un peu gêné avec nos sacs et on s’éloigne assez vite. Régis nous demande ce qu’il y a dedans et là, forcément, on sait plus trop quoi faire… Dur…
Le soir on va nager. C’est incroyable comme l’eau est claire !!! on voit plein de poissons !!! au moins on risque pas de s’ennuyer samedi !
Jeudi 19 mai : Retour à La Santa pour la parade des nations et la pasta party. En théorie la parade des nations c’est sympa : tous les athlètes défilent derrière le drapeau de leur pays comme aux JO. Seulement peu de gens jouent le jeu et on n’était pas bien nombreux au bout du compte… mais les français étaient là en masse !!! à tel point que c’est nous qui avons « bouché » les trous des nations manquantes (« tiens, toi le français, t’as une tête de finlandais alors vient tenir leur drapeau !!! »).
La pasta c’est un truc de fou en terme de quantité : ils nous ont préparé toutes les sortes de pâtes et les desserts sont pas mal non plus (j’ai un peu craqué sur les choux à la crème… j’avoue…).
On mange dehors sur la terrasse, le vent est toujours là… la météo annonce que ça devrait se calmer à compter de demain.
Vendredi 20 mai : et voilà qu’il est temps de découvrir le parc à vélo et de déposer nos machines et nos sacs (sur Ironman, on se change sous une tente après avoir été chercher son sac « vélo » ou « course à pied » dans lesquels se trouvent toutes nos affaires). Là, la pression commence à sérieusement monter… le vent est toujours là. On sait maintenant que l’année 2004, exceptionnelle par son absence de vent, ne se renouvellera pas. De plus, il fera grand soleil et il va donc falloir se protéger en conséquence !!!
Retour aux bungalows et dodo assez tôt. Enfin on va essayer…
Samedi 21 mai : c’est le grand jour, celui qu’on attend depuis des mois… Je me lève à 3h30 car je préfère faire un petit dej normal plutôt que de manger un gatosport. Le départ est à 7h00. Toc toc… ça frappe à ma porte… c’est Charly, fidèle à lui même : il se promène avec son caméscope, mort de rire à l’idée de filmer nos gueules où on peut lire la pression et la nuit trop courte… A chaque fois, au moment de me lever pour ce genre de course, je me dis qu’on est barge…
Dehors le vent est déjà très fort alors qu’en théorie il n’y en a pas à cette heure là : ça promet…
Direction le parc pour vérifier que le vélo s’est pas envolé !!! j’aime pas trop ces moments là : on est dans le parc, la pression est partout (et on en rajoute dans les pneus !!), il fait nuit, il ne fait chaud… vivement qu’on nous libère !!!
Il y a déjà beaucoup de spectateurs. On se dirige vers la plage et on se met à l’eau pour s’échauffer… elle est pas chaude….
Ca y est, on nous place dans la zone de départ, on est 800, et là c’est l’ambiance du long qui prend la suite : un triathlète commence à lancer des cris que nous reprenons tous pour nous motiver, on frappe dans les mains… le speaker est déjà à donf… c’est parti !!!! la 1ère bouée est à 160 mètres et ça frotte donc fort. Au bout de 10 m, un gars m’arrache les lunettes ! heureusement elles restent sur ma tête et je peux les remettre sans problème. La natation se fait en 2 tours de 1900 m avec une sortie de 20 m sur la plage entre les 2. Tout le premier tour, ça frotte, mais ça va : dans l’ensemble ça se passe bien. De temps en temps je vois un poisson, mais on est pas là pour ça aujourd’hui !!!
Fin du 1er tour, 33’. Whaouh !!! j’ai jamais nagé comme ça : les entrainements de Guy Hemmerlin et surtout de Carine pour la natation sont payants !!! 1h08 à la sortie de l’eau. Super !!! mon record était à 1h12. Transition en 5’. Je met juste un maillot de vélo pardessus la trifonction et j’embarque une chambre à air, 3 sandwichs et des gels. Et oui Stéphane : c’est ça mon plan d’alimentation !!!
En vélo ça roule bien la 1ère heure car globalement, on a le vent dans le dos. En gros on fait le tour de l’île. On touche une 1ère fois la côte à l’est et là, le retour vers le fameux parc de Timanfaya est déjà costaud : par moment on est à 17-18 km/h…
Timanfaya c’est encore pire !!! une fois au sommet, ça descend jusqu’à La Santa où nous allons toucher la côte nord. Ça descend, oui, mais le vent est de face. Difficile de dépasser les 30 km/h…
On attaque ensuite une portion avec le vent de côté sur une route pourrie (ce qui n’arrange rien !!!). je me suis fait quelques frayeurs sur quelques rafales… par moment, on hésite à prendre le bidon mais sur cette course, une mauvaise hydratation peut faire mal, d’autant que le vent fausse les sensations : on va vite le voir…
En effet, on repart ensuite vers le sud, vers Téguise pour une partie montante avec vent dans le dos. Tout d’un coup, le bruit du souffle que nous avons dans les oreilles en permanence cesse… et la chaleur monte d’un coup !! je coule de partout !!! c’est vraiment limite. Une fois à Téguise, retour vers le nord pour les 2 gros morceaux du parcours : le mirador del haria puis le mirador del rio. On reprend le vent de face et là, on est complétement planté !!! dans le del haria, la vitesse va descendre à 7-8 km/h par moment !!!! c’est la 1ère fois que je monte un col en position aéro histoire de limiter l’effet du vent. A quelques centaines de mètres du sommet, gros passage à vide qui va durer jusqu’au sommet de la prochaine difficulté : le mirador del rio.
Néanmoins je garde un souvenir énorme de ce passage : la route monte en bord de falaise et la vue est extraordinaire !!! on roule tous à gauche tellement c’est beau !!! mais que le vent est fort : je suis séché !!!! on est à peine au 120e km et j’en suis à 4h35 de vélo : même pas 26 de moyenne !!!
Mais là tout change. En haut du mirador on fait demi tour pour revenir à Puerto Del Carme, : direction le sud avec le vent dans le dos !! en plus ça descend !!! pendant longtemps on reste à plus de 50 !!! il y a bien un moment où il faut que ça s’arrête quand même et on reprend du vent de face… en côte… c’est dur de se remettre sur ce rythme mais ça va : je me suis refait une santé dans la descente. Retour au bercail maintenant : les 2 dernières heures de vélo se font à plus de 30 km/h de moyenne : tout va bien.
Un peu avant le parc on fait un demi tour et on se croise avec les autres concurrents : je vois Bruno et on se fait de grands signes. Ça fait plaisir de voir une tête connue !!
Allez, maintenant il faut penser à la course à pied. Je boucle le vélo en 6h24 et je fais une belle transitions en 2’30. je me fais littéralement tartiner les épaules (par une jolie bénévole !!) et le cou de crème solaire : ça va cogner fort et on va avoir chaud…
On se lance à présent pour 4 tours d’un peu plus de 10,5 km en aller retour. On va donc se voir souvent à présent. On part sur la même route par laquelle on est arrivé en vélo. Je crois ainsi mon père, Lucien. Je suis bien, je me freine. Sur Ironman, il ne faut jamais s’emballer. La route est encore longue. Dès le début on constate que l’aller retour se fera vent de face à l’aller ce qui nous permet d’être ventilé. Par contre, si au retour on est poussé, la température monte énormément. Il y a 4 ravitos et il ne faudra en sauter aucun vues les conditions.
1er demi tour : je croise Bruno qui n’a pas l’air au mieux. Puis, sur le retour, je crois mon père est là je vois bien à sa foulée qu’il est parti pour nous chasser à Bruno et à moi, et certainement plus particulièrement à moi !!! d’une part, le fiston ne l’a jamais cogné sur Ironman et, d’autre part, aucun autre cestadais non plus !! autant dire qu’avec Bruno nous sommes les proies…
a la fin de la 1ère boucle, je rattrape Bruno. On se marre un peu au sujet de ce que je viens de vous dire mais je garde mon rythme et je m’en vais tout de suite : je veux garder ce bon train. 1er tour en 50’47. Tout est ok. Je pars au même rythme pour le second tour après avoir récupéré mon « chouchou » de couleur qui dit que j’ai fais un tour. Je croise vite Bruno que je viens de doubler : il est dans le dur. Un peu plus loin c’est autour du paternel : lui aussi il est séché. Il a du partir un peu vite je pense. Le parcours suit la mer avec une première partie en pleine ville au cœur des commerces. Il y a beaucoup de monde et on est bien encouragé. La 2ème partie se fait sur la promenade en bord de mer et, sil les gens sont là pour autre chose que l’Ironman, ils ne sont pas indifférents comme c’est le cas à Nice. Il fait vraiment très chaud et, même sous la casquette et les lunettes, ça cogne dur. Les bénévoles sont extraordinaires à chaque ravitos, limite saoulant même !!! en fait ils vous sautent dessus à chaque fois pour vous proposer de l’eau, de la boisson énergétique, du coca des bananes. Et moi ils sont tellement bons que je me sens obligé de dire à chacun « no, gracias » avec un sourire mais ça devient dur !!!! Et puis moi j’ai mon plan d’alimentation (hein Stéphane !!!) et je sais qu’il ne faut pas trop manger mais bien manger : 1 gel par tour puis j’alterne eau et boisson énergétique à chaque ravitos. Je me suis promis de ne pas marcher et ça tient.
Sur le retour je croise Charly. On se repère de loin et on se fait le traditionnel salut du club. Il a l’air bien. C’est là que je vais avoir mon « trou » et faire ma connerie. En fait depuis un moment j’ai une bonne envie de pisser (parlons clairement !!!).J’y pense tellement que j’en perd ma concentration. Il n’y a pas d’endroit tranquille pour s’arrêter et l’organisation a installé des toilettes sur le bord du parcours. Mais je ne me vois pas rentrer dans ces cubes de plastiques avec cette chaleur… à la fin de la 2ème boucle, je prend la décision de… me pisser dessus !!!!! ne riez pas !!! au ravito je m’arrête, je me lâche puis je prend 5 ou 6 gobelets d’eau et je me rince !!!!
C’était une erreur car je repars, certes je ne me suis pas arrêté longtemps, avec des chaussures imbibées de flotte et je n’arrive pas à retrouver mon rythme : je coince, je rentre dans le dur… 2ème tour en 54’10
Le 3ème tour, c’est Compostelle !!!! je vais mettre 1h00’38. je croise Bruno qui a repris du poil de la bête et il me fait remarquer que j’avance plus !!! je croise mon père aussi et il s’est refait une santé : il est à l’attaque. Et c’est là qu’on voit qu’un Ironman c’est beaucoup dans la tête : je pars pour mon dernier tour en positivant. A chaque endroit je me dis « là tu y passes pour la dernière fois ! ». je reprend un bon rythme. Je ferais ce tour en 55’43.
Et voilà, ça y est, l’arrivée est proche. Il n’y a rien de plus grisant que ce moment là. On jubile comme sur aucune autre course. Je passe devant la tribune principale et les gens (pas que les gamins !!!) tendent les mains. J’essaie de taper dans le plus de mains possibles. Et enfin, l’arche d’arrivée où chaque concurrent a le droit de « casser » la banderole comme le 1er. Je lève les bras et je crie !! c’est l’organisateur Kenneth qui nous accueille tous avec un petit mot sympa. Il s’inquiète de savoir si tout va bien et tout de suite des secouristes viennent au cas où. Mais je suis bien. Aucun souci !!!! une belle espagnole me place la médaille de finisher autour du cou !!!! 11h22 pour boucler la course. Avec ce vent, ce parcours vélo très sélectif et cette chaleur, je suis ravi !!!
Je reste sur la ligne pour attendre les copains. On se félicite. On reste tous pour attendre Charly qui a vécu un marathon épique. Un peu avant d’arriver je le croise, il me dit « je suis cuit : je viens de me faire doubler par Batman et l’homme invisible !!!! ». Effectivement, un gars faisait la course déguisé en Batman !!!
Ensuite on va manger un morceau, récupérer nos t-shirt finisher et refaire la course !!
On rentre en vélo aux bungalows (on est logé au bout de l’aller retour de 5 km). Il fait nuit et il y a encore beaucoup de monde sur la route. Le vent est encore plus fort et ça doit être très dur pour eux. On les encourage tous. Ils doivent arriver avant minuit pour être classé et, traditionnellement, le dernier est accueilli encore mieux que le 1er !!!! Et on s’était dit avec Charly qu’on irait voir ça.
Sauf que là, une fois au bungalow, je me douche puis je m’allonge les jambes en l’air pour récupérer un peu et… plus de son, plus d’image !!!!
Dimanche 22 mai :
Rendez vous à 8h00 pour le petit dej. Ça va, je suis pas trop cassé… Le soir direction le centre de l’île pour un resto sous terre creusé dans la roche volcanique. C’est la cérémonie de clôture et on discute avec pas mal de monde autour d’un verre et d’une bonne assiette. On nous montre un bout du film de la course. Vivement que le DVD sorte !!!!
Voilà un peu comment j’ai vécu cet Ironman de Lanzarote. C’est long, mais la course est longue, alors il faut bien ça !!!
Merci de m’avoir lu (si vous êtes allé jusqu’au bout !!!)