Parmi les grandes interrogations posées par le Sport à la Science, la question de l'alimentation et de la diététique des sports d'endurance en général et du triathlon en particulier est de celles qui semblent ne pas devoir trouver de réponse. Du moins si l on n’admet pas comme telle les encarts commerciaux de fabricants plus ou moins éclairés de produits « spécialisés », qui contiennent surtout des sucres qu'on trouve à peu près partout, mais en plus cher et avec des noms de marque "sportifs". ..
Et pourtant !!….. si il est bien une source de déconvenue que chacun a du connaître et pour certains s'habituer à connaître en compétition, c'est bien celle liée à l'alimentation et au ravitaillement, avant et pendant une course, sans parler de l'après course...... En attendant donc que la littérature "spécialisée" se mette d'accord avec elle-même, nous proposons ici quelques conseils simples et sans prétention, tirés de l’observation et de l’ expérience de nombreuses erreurs en triathlon de moyenne et longue distance, marathons, trails…
1. Avant la course: une hygiène diététique implacable !
Devant tant d’approximations et de contradictions sur le sujet, on doit d’abord se demander si la question est bien posée au départ... : de quelle partie de son corps le triathlète, spécialement de longue distance, a t il le plus besoin en compétition ?
Réponse: d'un mental en acier trempé!
Le cerveau commande le reste et même les plus petits consomment tout de même plus de 20% des ressources en oxygène et énergie de l’organisme! Comment préparer son cerveau et son mental? Serait ce en lui imposant une diététique spartiate, des entraînements à jeun (argh !!) , les boissons au goût neutre (burgle !), les barres insipides (beuark !), gluantes de sucre, jour après jour ? Bien sûr que non : un esprit aigri par de telles frustrations est vite épuisé, lâchera en pleine course, quand il faut précisément une grosse confiance pour relancer et s'accrocher, se convaincre qu'on peut surmonter la mauvaise passe, ...Un mental affaibli laisse sans ressources, sans énergie, comme une loque, pousse le plus faible à l'abandon et mine le plus fort des doutes les plus sournois. Un mental fort gère ces moments « sans » au mieux, ne doute pas et porte sans faiblesse jusqu'à la ligne d'arrivée....Nous sommes d'accord !
Mais donc, quelle diététique prépare t elle le mieux à accumuler cette force morale si précieuse? La réponse est simple: une alimentation joyeuse et gratifiante, riche et variée, basée sur le plaisir et la convivialité et évitant toute contrariété nutritive. Fuir comme la peste tout régime de pratique solitaire, nuisible au beau capital de gaieté et de confiance qui garantit outre la performance, une vie douce et agréable, ce qui n’est pas mal non plus en passant !!
Le Sud Ouest de la France, pépinière inépuisable de triathlètes de talent (Montesquieu, François Mauriac, Alain Giresse, ..), n'est il pas réputé pour sa gastronomie conviviale à base de canards, de vins réputés, tapas, foie gras, cassoulet, garbure et confits…? En un si heureux pays, le triathlon devrait il pour autant condamner ses pratiquant(e)s aux sucres lents et aux protéines vitaminées à teneur garantie en sélénium, aux repas aseptisés pris solitairement le soir en lisant « triathlon performance » dans sa baignoire remplie de glaçons et en se redemandant pour la 154ème fois depuis l’abandon sur vomissement au CD de Mimizan pourquoi la barre de glucostar n est elle pas passée ce jour là? Veut on à ce point que le triathlon ressemble au rugby "moderne" privé de casssoulet, cochonnailles et sec comme un en traïneu anglais? Pour une faible minorité, assoiffée de performances éphémères et anxiogènes car jamais atteintes, la réponse est sans doute oui, malheureusement…. Pour les authentiques ami(e)s des trois sports et de la vie, que non !! La consommation avisée de batraciens, mollusques, poissons grillés et sardinades, crustacés, volailles maigres ou grasses, soupes, légumes nouveaux, confits et cochonnailles, tricandilles persillées et cochon de lait grillé, cuisinées à la graisse de canard et accompagnée de vins rouges modestes et authentiques, égaye l'esprit et comble le corps mouillé et refroidi au retour de la sortie hivernale de vélo, relaxe les articulations ébranlées par les tours de piste à trois allures, et apaise la déshydratation morale et l’esprit ombrageux du triathlète insatisfait de ses 45 mn de fractionnés pull-plaquettes... !
Insistons sur la part prépondérante que doit prendre ici la consommation de canard, animal ludique emblématique de la gastronomie landaise et du Sud Ouest mais respectable, d'un naturel gai, pratiquant autant la nage que la course à pied et le vol libre et ses bienfaits: animal multisport donc, d'endurance réputée par ses migrations interminables, naturellement doué pour les enchaînements et dont la marche dandinante n'est pas sans rappeler l'allure de certain(e)s à la descente du vélo… Le noble canard comme le triathlète moyen n'aime rien d'autre que nager dans des eaux plus ou moins fangeuses en remuant le cul.... Cette volaille bénie du sportif gascon (et du sédentaire aussi) peut se consommer sous différentes formes: foie gras, magrets, confits, rillettes, rôtie, en garbure,… dont certaines très pratiques pour les ravitaillements en course: rillettes et patés, tranches de magret fumé, manchons confits, patates confites. LE canard est aussi un animal éthique : il ne drafte que très peu en vol, contrairement à sa cousine l'oie qui ne sait voler que bec à cul et avec qui on le confond injustement.
On ne négligera pas non plus les vertus détoxifiantes et fermentatoires du choux (soupe, garbure) et autres haricots (cassoulet, garbure, salade landaise,..), utiles pour se gonfler d'air et augmenter sa flottabilité avant la natation (cette voie naturelle d’inflation est autorisée (contrairement à d’autres comme l’a appris à ses dépens un concurrent du club de la commune voisine que je ne citerai pas) et profiter à vélo de l'effet action-réaction des flatulences libérées, de surcroît dissuasives pour les drafteurs indélicats.
2.
Pendant la course: pédalez léger !
Les sorties vélo et course à pied sur les routes et chemins du sud-ouest nous apprennent que l'on peut tirer un parti avantageux des ressources locales, et même arriver avec un certain entraînement technique (cf. stage de printemps du TCA Cestas) à se dispenser d'emporter tout ravitaillement en course, ce qui présente des avantages indéniables: plus de stress dans la préparation de ces multiples pochons et autres sachets, un vélo débarrassé de ces vilaines barres scotchées, sacoches et autres.
Observons plutôt la nature: comment nos amis les animaux migrateurs se ravitaillent ils sur de longues distances ?
La baleine, par exemple, parcourt un quart du globe aller -retour chaque année et filtre l'eau dans ses fanons pour en retenir les animalcules en suspension. Ceux et celles d'entre nous qui ne s'épilent pas comme moi, ou mal, comme deux copines du club que je ne citerai pas, savent bien qu'un système pileux mouillé de sueur constitue à vélo un excellent système de fanons : une heure de sortie à 30kmh suffit à capter sur les avants bras et les jambes, la moustache et la barbe, plusieurs grammes d'araignées moucherons, mouches, moustiques, hannetons, et parfois, lors de trajets le long du littoral en hiver, un jeune bécasseau, quelques ortolans, ou dans les cols en montagne, une marmottine ou quelques lapereaux apeurés. Autant de sources naturellement équilibrées de protéines, vitamines, sels minéraux et oligoéléments, glucides lents et rapides…. ! Thierry X le sait bien lui qui étonne tout le monde depuis des années par son finish sur la voie romaine et ses sprints-pancartes de la dernière heure des sorties vélo du samedi !! Observez aussi vos compagnons les plus velus à la fin des sorties vélos printanières et vous comprendrez vite combien la méthode est efficace !! Cette méthode s'adapte aussi en fonction des situations locales : reptiles sud africains, kangourous australiens, chauves souris mexicaines, kiwis néo-zélandais, grenouilles antillaises, etc... on ne saurait donc trop recommander à ceux d’entre nous que la Nature a pourvu d’une heureux système pileux de ne pas céder à la mode affligeante de l’épilation intégrale dont le gain aérodynamique est nul et l’esthétisme discutable, en tout cas pour la plupart (enfin bon, pour les deux copines, faut voir…).
Autres exemples que la nature nous propose, le martinet et l'engoulevent, volatiles migrateurs réputés pour leur vélocité, gobant insectes et araignées en plein vol…. …
Avez vous bien observé certains de vos partenaires roulant ou courant bouche ouverte: Nardo B., Jérôme S. et d’autres....... serait ce pour mieux respirer ? Erreur, ami néophyte, leurs naseaux amples et dégagés suffisent à une ventilation complète de leurs petits poumons, mais alors pourquoi cette bouche largement ouverte ? Simple : épilés, nos deux amis se ravitaillent oralement en animalcules aériens !! Cette technique est intéressante mais l'expérience montre que la captation pileuse est plus efficace et permet en outre un tri sélectif utile, surtout en milieu riche en hyménoptères (guêpes, frelons et abeilles). Pour mémoire, signalons que la pratique de cette méthode en natation est possible mais rarement observée, car elle réclame un certain entraînement, une denture complète et doit être réservée aux nageurs expérimentés et aux eaux certifiées, rares en triathlon. S'abstenir dans tous les autres cas: plusieurs débuts de noyade et cas d'intoxication (mollusques avariés, poissons pourris,…) étant attribués à un usage inapproprié de cette méthode.
Inspirons nous enfin de l'habile comportement du héron cendré ou de la cigogne, autres grands migrateurs, réputés pour leur faculté à picorer à la ronde insouciants gardons et batraciens énamourés. Comment s’en inspirer ? Voilà le truc : l'adjonction d'une fourchette souple sous la cale de chaussure gauche (non interdite par la FFTRI) permet avec un peu de pratique de collecter d'un habile enchaînement pointe - talon en position basse, limaces, grenouilles, crapauds et autres hérissons rencontrés sur la route, aplatis ou sautillants, et de les projeter dans la poche arrière, ou même de les gober directement. Qui d’entre nous à la fin d’une sortie longue de vélo en hiver n’a pas eu la tentation de gober ces jolis crapauds et autres lombricides écrasés ou vivants, luisant, sur le bord de la chaussée ?
Cette technique est d’ailleurs particulièrement efficace après une pluie. Elle demande une bonne vue et un certain discernement, mais elle peut être vite apprise et présente peu d’inconvénient hormis d’avoir à recracher graviers, plumes et osselets sur le drafteur juste derrière. Se méfier cependant de concurrents indélicats qui, telle la mouette ricaneuse, dérobent au passage les proies projetées en plein vol; oui je sais c'est inouï mais ces choses là arrivent malheureusement (n'est ce pas Mike, dossard 2551 Klagenfurt 2006 : une limace d'au moins 15 cm !! et en plus il draftait comme un gros porc !!) ?
Qu'aurions nous enfin à copier du sympathique canard ? Arracher les graminées aquatiques en natation ? Eventuellement, mais leur rôle laxatif est rarement utile à ce stade là de l’épreuve. Sachons plutôt ne pas hésiter à un arrêt salvateur pour honorer une pinte de douce et jolie bière pétillante et fraîche, (ah les parasols en terrasse de St Michel de Rieuffret !!) ce qui n'a certes aucun rapport direct avec le canard mais il fallait bien le dire quelque part aussi.
3. Après la course ...
En ce qui concerne le solide, l'après course est un des rares moments où le triathlète découvre qu’il aime les gateaux, la bière, les huîtres et le foie gras comme tout le monde et laisse parler l'instinct...heureusement !! Le triathlon a déjà une assez mauvaise image comme ça, festoyer et ripailler après course devrait sans doute être obligatoire, comme exemple pour les jeunes et les autres et pour soutenir l'économie agri-viticole régionale et nationale.
Il convient donc de dénoncer ici les poncifs soit disant scientifiques sur l'alimentation de récupération, "..qui-devrait-être-mesurée etc..". et qui font à long terme tant de victimes psychopathologiques: dépression nerveuse grave, narcolepsie, maniaco dépressions, troubles du comportement, anorexie, déshydratation morale, pouvant même conduire à abandonner le triathlon (si, si,...). Je ne reviens pas sur l'alimentation liquide traitée dans un précédent article ... On voit trop systématiquement associées au triathlon des images de gens épuisés, hagards, titubants, sur des brancards, perfusés, ampoules au pied ouvertes, ingurgiter je ne sais trop quelle préparation tirée de tupperwares douteux ....lamentable !!
Vivent le sport-cassoulet en général et le triathlon-garbure en particulier !!
Denis